La mixité en islam et la préservation de la féminité

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Lu par Vincent Souleymane

En raison de sa beauté, de sa relative faiblesse physique et de l’attirance naturelle entre personnes de sexes opposés, le risque est grand que la femme devienne la proie des hommes et qu’elle soit réduite à un objet de désir.

En vue d’éviter cela, et qu’elle soit respectée sans avoir à nier sa féminité, l’islam instaure une « ambiance de pudeur » dans les relations entre hommes et femmes.

Il est demandé, aux hommes comme aux femmes, de détourner le regard de ce qu’il est interdit de regarder et de ce qui provoque de l’attirance :

﴿ قُل لِّلۡمُؤۡمِنِينَ يَغُضُّواْ مِنۡ أَبۡصَٰرِهِمۡ وَيَحۡفَظُواْ فُرُوجَهُمۡۚ ﴾

Dis aux croyants de baisser une partie de leur regard et de préserver leurs parties intimes.

Sourate An-Nûr · 24 : 30

﴿ وَقُل لِّلۡمُؤۡمِنَٰتِ يَغۡضُضۡنَ مِنۡ أَبۡصَٰرِهِنَّ وَيَحۡفَظۡنَ فُرُوجَهُنَّ ﴾

Dis également aux croyantes de baisser une partie de leur regard et de préserver leurs parties intimes.

Sourate An-Nûr · 24 : 31

La pudeur dans la façon de se vêtir

Cette pudeur se retrouve également dans la façon de se vêtir. Il convient devant les hommes étrangers, de préserver son intimité et de ne laisser apparaitre que son visage et ses mains. Le reste de son corps devant être couvert par des vêtements amples et opaques. Comme cela est mentionné dans le Coran et la sunnah.

Allah dit dans la sourate An Nûr :

﴿ وَلۡيَضۡرِبۡنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ جُيُوبِهِنَّۖ ﴾

Qu’elles rabattent leurs voiles sur leur poitrine

Sourate An-Nûr · 24 : 31

Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Lorsque la femme atteint la puberté, il convient qu’elle ne montre que cela et cela (en montrant le visage et les mains) »[1].

Cette obligation du port du hijab fait l’objet d’un consensus des savants. Certaines personnes la remettent en question de nos jours, mais celles-ci n’ont aucune compétence pour cela. L’argument le plus courant étant que cette règle ne serait pas mentionnée dans le Coran.

Il est aisé de répondre à cette objection. Tout d’abord, il se peut qu’une prescription ne soit pas présente dans le Coran et cela ne lui enlève en rien son statut d’obligation, la sunnah est une source de la législation par elle-même. Il n’est pas écrit dans le Coran qu’il faille prier 5 fois par jour…Mais au-delà de cette précision méthodologique, le fait est que cette obligation est, bel et bien, mentionnée dans le Coran. Dans le verset cité plus haut de la sourate An Nûr, le mot traduit par « leurs voiles », est خُمُرِهِنَّ khumûrihinna. Or, ce mot désigne un voile qui se porte sur la tête. On retrouve d’ailleurs la même racine dans le mot khamr, qui désigne le vin, car l’enivrement voile la raison dont le siège est dans la tête.

L’imam At Tabâriy explique ce verset en disant : « qu’elles tendent leur voile (khumurahunna), qui est le pluriel de khimâr, sur leurs flancs, afin de couvrir leurs cheveux, leur cou, et leurs boucles d’oreilles »[2]

Les musulmanes de l’époque de la révélation n’ont d’ailleurs pas eu le moindre doute sur le sens de ce verset. Il est rapporté que ‘A’icha, qu’Allah soit satisfait d’Elle, a dit :

« Lorsque fut révélé ce verset : « Qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine », elles découpèrent leurs grands manteaux du côté des bordures, et s’en voilèrent. »

« Qu’Allah fasse miséricorde aux premières femmes émigrées ! Lorsque Allah révéla : « Qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine », elles déchirèrent leurs manteaux les plus épais et s’en voilèrent. »[3]

Nous voyons donc que les femmes de la meilleure génération, celle des compagnons du Prophète ﷺ, celles pour qui la langue arabe n’avait pas de secret, se sont empressées de couvrir leur tête lorsque ce verset fut révélé.

Le hijâb pour se protéger et être respectée

Contrairement à ce que certains prétendent, le voile n’est pas un symbole de soumission à l’homme. S’agissant de la relation verticale avec le Créateur, il est un signe de soumission à Dieu, comme toute application des ordres divins. Mais concernant la relation horizontale avec les autres êtres humains, le voile est pour la femme symbole de protection et de respect pour elle-même.

Il est une protection pour la femme, car il se trouve que l’homme est physiologiquement attiré par son corps. Cette attirance naturelle n’est pas un mal en soi, à condition qu’elle soit canalisée et maitrisée. Une femme qui circule en ville, prend les transports en commun en exposant ses formes, attise les pulsions des hommes qu’elle croise. Avant de continuer il est important de rappeler que cela ne saurait excuser le moindre comportement irrespectueux. Parmi ces hommes, nous pouvons espérer que la grande majorité saura maitriser cette attirance, mais les risques sont grands, que parmi ces individus, un jour, l’un d’eux ne se maitrise pas. Dans un monde idéal, dans lequel personne ne perdrait le contrôle de ses pulsions, ce risque n’existerait pas, mais dans la réalité les choses sont différentes. Il est nécessaire de protéger ce qui attise la convoitise. Une femme vêtue comme le préconise l’islam amenuise les probabilités de se faire agresser ou importuner, même si ces probabilités ne sont jamais réduites à néant.

Cacher ses atouts extérieurs pour faire apparaitre ses atouts intérieurs, couvrir son corps pour faire apparaitre sa personnalité

L’autre sens profond du hijab est le respect de la femme. En effet, le fait de couvrir ses atouts physiques lui permet de mettre en valeur ses atouts mentaux et intellectuels. Si l’on se dépouille de l’hypocrisie habituelle dans le traitement de ces sujets, nous reconnaitrons que l’attirance physique, qui convoque la dimension bestiale de l’être humain, prend le pas sur les autres aspects de la personnalité. A l’image du piment qui couvre les goûts plus subtils d’un mets. En dissimulant son corps, la femme met en avant ses qualités telles que son intelligence et sa sensibilité. Ce sont bien ces atouts-là qui ont pour vocation d’être mis en avant en société. Son corps et ses atouts physiques faisant partie de son intimité, ils ne sont pas visibles par n’importe qui, cela se mérite. N’aura accès à cette intimité que celui qui s’est engagé à être son partenaire de vie, à la protéger, à l’accompagner dans ses bons et mauvais moments, à être un vêtement pour elle comme elle est un vêtement pour lui : son époux.

Le patron, le voisin, le passant, n’ont pas à avoir accès à son corps, ne serait-ce que par le regard.

﴿ يَٰٓأَيُّهَا ٱلنَّبِيُّ قُل لِّأَزۡوَٰجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَآءِ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ يُدۡنِينَ عَلَيۡهِنَّ مِن جَلَٰبِيبِهِنَّۚ ذَٰلِكَ أَدۡنَىٰٓ أَن يُعۡرَفۡنَ فَلَا يُؤۡذَيۡنَۗ وَكَانَ ٱللَّهُ غَفُورٗا رَّحِيمٗا ﴾

Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs grands voiles. Elles en seront plus aisément reconnues et éviteront ainsi d’être offensées.

Sourate Al-Ahzâb · 33 : 59

Lorsqu’une femme n’est considérée qu’en fonction de sa beauté extérieure, elle devient un objet de désir pour les hommes, cela est le véritable rabaissement. A l’image de l’utilisation du corps de la femme à des fins mercantiles devenue tellement habituelle en occident, où l’on expose le corps d’une femme pour vendre tout et n’importe quoi.

Cette pudeur ne se matérialise pas uniquement par les vêtements mais également dans l’attitude générale. Il se peut qu’une personne respecte la pudeur dans son habillement mais la transgresse dans son comportement. Nous voyons de nos jours, certaines jeunes filles porter le hijab mais dont la façon d’être, de parler, de marcher, contredit les valeurs exprimées par leur vêtement.

Dans le verset 31 de la sourate An Nour, ce verset cité plus haut qui mentionne l’obligation du hijab, il est également dit :

﴿ وَلَا يَضۡرِبۡنَ بِأَرۡجُلِهِنَّ لِيُعۡلَمَ مَا يُخۡفِينَ مِن زِينَتِهِنَّۚ ﴾

Qu’elles ne frappent pas le sol de leurs pieds pour que l’on sache ce qu’elles cachent comme parures

Sourate An-Nûr · 24 : 31

Les règles de l’islam ne sont pas des slogans superficiels ni sa morale une forme vide de sens. Le hijab doit être le signe visible d’une valeur intérieure qu’est la pudeur. Dépouillé du fond, la pratique devient, tel un cadavre, un corps sans vie. Elle devient un jeu de rôle sans sincérité, un déguisement trompeur. Or, s’il est possible de tromper les êtres humains, il est impossible de duper leur Créateur : {Certes Allah est parfaitement connaisseur de ce qui se trouve dans les poitrines}.

La gestion de la mixité

Parmi les moyens de préservation de la féminité de la femme tout en la protégeant des méfaits, se trouve la gestion de la mixité.

L’homme et la femme peuplent la terre et sont voués à vivre côte à côte. C’est un état de fait qu’il serait absurde de vouloir éradiquer. C’est pourquoi il est erroné de dire, sans nuance, que la mixité est catégoriquement interdite en islam. Mais elle n’est pas non plus complètement débridée. Elle est plutôt encadrée et régie par des règles de bienséance, afin d’éviter les conduites déplacées.

Cette façon de vivre la mixité est bien illustrée par la situation des musulmans à la mosquée à l’époque du Prophète ﷺ. Les hommes et les femmes n’étaient pas séparés et priaient dans la même pièce, mais le Messager d’Allah ﷺ demandait à ses Compagnons d’attendre avant de se lever après l’accomplissement de la prière, afin de laisser le temps aux femmes de sortir et ainsi éviter les attroupements.

Au début, à la mosquée du Prophète ﷺ à Médine, il n’y avait qu’une porte, qu’empruntaient les hommes et les femmes, ce qui provoquait une trop grande proximité entre eux. Jusqu’à ce qu’un jour le Prophète ﷺ dise : « Si nous laissions cette porte pour les femmes »[4].

Les hommes et les femmes vivent ensemble, cela est la nature des choses, il ne s’agit donc pas de les séparer complètement, mais il y a des règles à suivre :

  • Une distance à mettre entre eux
  • Une attitude générale caractérisée par la pudeur
  • Baisser le regard lorsque celui-ci n’est plus innocent
  • Limiter les discussions à la transmission d’informations, en évitant l’exagération dans les familiarités

Il est entendu que plus la tentation est présente, plus il sera nécessaire de prendre des précautions. Nous retrouvons cette notion dans le fait qu’il est permis aux femmes âgées d’alléger leur habillement. Allah dit :

﴿ وَٱلۡقَوَٰعِدُ مِنَ ٱلنِّسَآءِ ٱلَّٰتِي لَا يَرۡجُونَ نِكَاحٗا فَلَيۡسَ عَلَيۡهِنَّ جُنَاحٌ أَن يَضَعۡنَ ثِيَابَهُنَّ غَيۡرَ مُتَبَرِّجَٰتِۭ بِزِينَةٖۖ وَأَن يَسۡتَعۡفِفۡنَ خَيۡرٞ لَّهُنَّۗ وَٱللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٞ ﴾

Quant aux femmes âgées qui n’espèrent plus se marier, elles ne commettent aucun péché à alléger leur tenue, sans pour autant exhiber leurs atours, mais s’en abstenir est meilleur pour elles. Allah entend et sait tout.

Sourate An-Nûr · 24 : 60

Dans le verset 31 de la sourate An-Nour, dans lequel il est dit aux croyantes de baisser le regard et de se vêtir du hijâb, il est mentionné les hommes devant lesquels elles peuvent l’ôter (leur mari, leur père, leur fils…) et parmi eux :

﴿ أَوِ ٱلتَّٰبِعِينَ غَيۡرِ أُوْلِي ٱلۡإِرۡبَةِ مِنَ ٱلرِّجَالِ أَوِ ٱلطِّفۡلِ ٱلَّذِينَ لَمۡ يَظۡهَرُواْ عَلَىٰ عَوۡرَٰتِ ٱلنِّسَآءِۖ ﴾

… aux indigents qui vous accompagnent et qui n’éprouvent aucun désir charnel ou aux garçons impubères qui ignorent tout du désir pour les femmes

Sourate An-Nûr · 24 : 31

Il apparait que le point commun entre la femme âgée, les indigents qui n’éprouvent aucun désir charnel et les enfants, est l’absence de tentation.

L’esprit de la morale implique donc de prendre en compte « l’ambiance générale » lors des réunions mixtes.

Si les conditions de bienséance sont respectées, il n’est pas interdit aux hommes et aux femmes de se trouver au même endroit et de discuter. Nous avons en cela l’exemple mentionné dans le Coran du Prophète Mûssâ, sur lui la paix, et des deux jeunes filles de Madian :

﴿ وَلَمَّا وَرَدَ مَآءَ مَدۡيَنَ وَجَدَ عَلَيۡهِ أُمَّةٗ مِّنَ ٱلنَّاسِ يَسۡقُونَ وَوَجَدَ مِن دُونِهِمُ ٱمۡرَأَتَيۡنِ تَذُودَانِۖ قَالَ مَا خَطۡبُكُمَاۖ قَالَتَا لَا نَسۡقِي حَتَّىٰ يُصۡدِرَ ٱلرِّعَآءُۖ وَأَبُونَا شَيۡخٞ كَبِيرٞ ٢٣ فَسَقَىٰ لَهُمَا ثُمَّ تَوَلَّىٰٓ إِلَى ٱلظِّلِّ فَقَالَ رَبِّ إِنِّي لِمَآ أَنزَلۡتَ إِلَيَّ مِنۡ خَيۡرٖ فَقِيرٞ ٢٤ فَجَآءَتۡهُ إِحۡدَىٰهُمَا تَمۡشِي عَلَى ٱسۡتِحۡيَآءٖ قَالَتۡ إِنَّ أَبِي يَدۡعُوكَ لِيَجۡزِيَكَ أَجۡرَ مَا سَقَيۡتَ لَنَاۚ ﴾

23 Lorsqu’il parvint au point d’eau de Madian, il y trouva un attroupement d’hommes abreuvant leurs bêtes, tandis que deux femmes se tenant à l’écart retenaient les leurs. Il leur demanda : « Que faites-vous ? » Elles répondirent : « Nous n’abreuvons nos bêtes que lorsque les bergers s’en vont, notre père est très âgé. » 24 Il les abreuva pour elles, puis il se retira à l’ombre et dit : « Seigneur ! J’ai grand besoin de tout bien que Tu feras descendre sur moi. » 25 L’une des deux femmes vint alors le trouver en marchant pudiquement et lui dit : « Mon père t’invite pour te rétribuer d’avoir abreuvé nos bêtes. »

Sourate Al-Qasas · 28 : 23-25

Il apparait dans ce récit que Mûssâ s’est adressé à ces jeunes filles car il y avait un intérêt à cela. Il avait constaté leur besoin d’aide afin de faire boire leur bétail car elles en étaient empêchées par un attroupement d’hommes. De même, lorsque l’une des deux revint vers lui, elle le fit « en marchant pudiquement ». D’après certains exégètes, elle cachait son visage avec son vêtement, certains disent qu’elle posait son bras sur son flanc.

Il y a également ce genre d’exemples à l’époque de la génération de référence, celle des compagnons du Prophète ﷺ :

Il est rapporté par Muslim qu’un mendiant avait demandé à Asma bint Abi Bakr de se mettre à l’ombre de sa maison pour exposer des marchandises à vendre. Son mari, Az Zubayr ibn al ‘Awâm, qu’Allah l’agrée, était très jaloux, elle dit alors au mendiant de revenir faire sa demande lorsque Az Zubayr serait là. Ce qu’il fit. Il réitéra sa demande et elle lui répondit : « Tu n’as pas trouvé une autre maison que la mienne ? », comme elle l’avait prévu, Az Zubayr dit « qu’as-tu à refuser à un pauvre de vendre sa marchandise ? ». Asma, qu’Allah l’agrée, avait rusé afin que le nécessiteux puisse profiter de l’ombre de sa maison sans provoquer la colère de son mari jaloux. Mais ce qui nous intéresse ici est sa réaction lorsque l’homme lui a adressé la parole. Cette femme si pieuse, fille du meilleur des compagnons du Prophète ﷺ, n’a pas été scandalisée et elle ne l’a pas réprimandé. Elle lui a répondu normalement, ce qui indique que la discussion en soi n’était pas un problème.

Un autre récit illustre la manière dont les compagnons du Prophète, qu’Allah les agrée, se comportaient entre hommes et femmes. Il est rapporté par Al Bukhârî d’après Abû Juhayfah : « Le Prophète ﷺ avait désigné Salmân (Al fârisi) et Abû Dardâ’ comme étant frères, lors de la fraternisation. Salmân rendit visite à Abû Darda’ et trouva Oum Darda’ dont l’apparence était négligée. Alors il lui dit : « Qu’est-ce que tu as ? » Elle dit : « Ton frère, Abu Darda’, n’a plus aucun besoin de cette dounia ». Abû Darda’ arriva et on prépara à manger, Salman dit : « Mange ! », Il (Abû Dardâ’) dit : « Je jeûne », Salmân dit : « Par Allah, je ne mangerai pas tant que tu ne mangeras pas ». Alors il mangea. Quand la nuit tomba, Abû Darda’ se leva pour prier, Salmân lui dit : « Dors » alors il dormit. Puis il se leva pour prier, Salman lui dit « Dors ». Vers la fin de la nuit, Salmân se leva et dit « Maintenant, lève-toi ». Ils prièrent tous les deux, puis Salmân lui dit « certes, ton Seigneur a des droits sur toi, ton âme a des droits sur toi, ta famille a des droits sur toi, donne donc à chacun son droit ». Abû Darda’ se rendit auprès du Prophète ﷺ et lui raconta ce qui s’était passé. Le Prophète ﷺ lui dit alors: « Salmân a dit vrai ».[5]

En commentaire de ce hadith, Ibn Hajar al ‘Asqalânî dit : « il y a dans ce hadith des enseignements : (…) et l’autorisation de s’adresser à une femme étrangère en cas de besoin »[6]. Nous retrouvons ici le cadre mentionné plus haut, la nécessité d’un besoin, la discussion ne doit pas être futile et sans but précis.

Une attirance à canaliser, non à diaboliser

Toutes ces prescriptions forment un cadre de vie qui permet de contrôler l’attirance naturelle envers le sexe opposé afin de ne pas tomber dans des comportements bestiaux indignes des êtres humains, sans que la femme ait à se masculiniser.

Sachant que cette attirance est humaine, elle joue un rôle important dans le grand système de la vie, celui de pousser les êtres humains à se reproduire. Le Créateur a inscrit dans notre nature cette attirance, qui n’est jamais diabolisée en islam, mais elle est plutôt cadrée et canalisée.

A l’image de tout ce qui est indispensable à la survie de l’espèce humaine : manger, boire, se reproduire, se protéger du froid, du chaud etc. Allah n’a pas légiféré en rendant ces choses obligatoires uniquement. Sachant Sa créature désobéissante, Il nous a « programmés » en nous dotant de pulsions qui nous poussent à le faire instinctivement et à y trouver du plaisir.

S’il était juridiquement obligatoire de manger, sans que cet acte soit instinctif et source de plaisir, combien de gens mourraient de faim ? Nous voyons l’importance et le degré d’obligation des cinq prières par jour et pourtant, nombre de musulmans ne prient pas.

Nous avons donc des pulsions qui nous poussent à manger, boire, avoir des rapports intimes, et l’âme y trouve du plaisir. La révélation s’adressant à l’être humain, elle n’insiste pas sur l’obligation de ces actes, elle vient au contraire les modérer. A quoi aurait servi que le Coran répète des versets incitant à manger ou boire ? L’Homme est déjà sur l’élan de ses pulsions, il faut, au contraire l’inciter à les contrôler et à les tempérer.

﴿ وَكُلُواْ وَٱشۡرَبُواْ وَلَا تُسۡرِفُوٓاْۚ إِنَّهُۥ لَا يُحِبُّ ٱلۡمُسۡرِفِينَ ﴾

Mangez et buvez, et ne commettez pas d’excès, car [Allah] n’aime pas ceux qui commettent des excès.

Sourate Al-A‘râf · 7 : 31

De même, l’attirance des hommes vis-à-vis des femmes et vice versa, est inscrite dans notre nature, la révélation est donc venue instaurer un cadre de vie qui n’attise pas un feu déjà incandescent. Mais il n’est jamais question de nier ces aspirations naturelles ni de les diaboliser, il s’agit plutôt de les canaliser et de leur donner leur juste place dans la vie.

L’islam est au juste milieu entre les modes de vie austères, qui rendent l’être humain coupable d’être ce qu’il est, et ceux qui considèrent qu’il doit vivre en étant porté par ses pulsions tel un animal.

Notes

[1] Hadith rapporté par Abu Dawud

[2] Jâmi’u-l-bayân fî tafsîr Ây-l-Qur’ân de l’imam At Tabariy

[3] Jâmi’u-l-bayân fî tafsîr Ây-l-Qur’ân

[4] Hadith rapporté par Abu Dawûd d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar

[5] Sahîh Al Bukhâri hadith n° 1968

[6] Fath Al Bârî Tome 5 édition Dar at-Tayba 2011 p383

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